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Où en sommes-nous ?

« Depuis une vingtaine d'années, la sociologie politique en France s'est profondément transformée. La république actuelle est devenue l'apanage de ceux qui n'ont jamais occupé d'autre emploi que directement politique, et qui sont issus d'une mouvance de jeunes, d'associations ou de collectivités entourant leur parti politique ; ce sont, dès le plus jeune âge, des politiciens professionnels. Progressivement, ils ont institué à leur bénéfice un statut de l’élu, prévoyant diverses rémunérations, indemnités et défraiements, protection et retraite.

Cette évolution a eu plusieurs conséquences désastreuses sur l'ensemble du système politique français.

1. Les élus, notamment au Parlement, ne représentent plus aucune des catégories socioprofessionnelles existantes. Une même déconnexion de représentation est patente en termes d'âge, de sexe et d'origine. Il n'y a clairement pas assez de femmes, de jeunes, de minorités au Parlement.

2. Les partis politiques deviennent des machines à distribuer des postes. Le militantisme devient une affaire de professionnels.

3. Ces nouveaux élus ou ministres n'ont jamais eu de patrons, de collaborateurs, de clients, d'élèves. Ils ont été formés par un parti et ses organisations de jeunes et d'étudiants : toutes organisations éminemment respectables et utiles, mais on n'y apprend pas à s'interroger, plutôt à s'indigner ; pas à travailler des dossiers, mais à organiser des rassemblements ; pas à prendre des décisions, mais à rédiger des motions. Le viatique d'une carrière de ce type, c'est de réussir quelques coups médiatiques, de montrer assez de capacité de communication - ou de nuisance - pour se faire intégrer sur une liste, à l'occasion de la synthèse à la proportionnelle des courants.

L'économie réelle n'est pas pour eux un champ d'interrogations ou d'études, mais un inépuisable réservoir de postures, d'occasions de s'indigner. Quand ils deviennent ministres, il leur faut du temps pour s'habituer à ce qui normalement s'apprend dans la vie à côté de la délibération politique : travailler, lire, écrire, compiler, faire l'effort de comprendre des sujets qu'on ne connaît pas ; apprendre à trancher, c'est-à-dire produire de la décision ; et, en attendant, apprendre à se taire. Et l'expérience de maire ou d'élu régional ne saurait leur apporter les compétences d'une vraie confrontation au travail.

4. Ces hommes politiques, pour la plupart, ne voyagent pas ; ils ne parlent que rarement l’anglais ; ils ne se savent rien des réformes menés par les autres.

5. Ces parlementaires votent la loi fiscale, alors qu’elle ne s’applique que partiellement à eux, puisqu’ils ont décidé de n’être imposés que sur une partie de leurs revenus, contrairement au reste des Français.

6. Ce nouveau groupe socioprofessionnel a intérêt à ce qu’existe le plus grand nombre possible de postes d’élus nationaux et locaux, de collectivités locales, d’établissements divers. Il lui faut donc gagner en priorité les élections locales. Une élection municipale perdue, c’est pour un parti politique, synonyme de plan social, pour un maire, ses adjoints, une dizaine de membres de cabinet, quelques hauts fonctionnaires des services, des emplois induits dans les associations ou les organsines parapublics cousins –au moins des milliers, peut-être des dizaines de milliers de militants à la rue, qui sont souvent depuis longtemps des professionnels de la politique, et ont le plus grand mal à se reconvertir. Il leur est donc fortement déconseillé de prendre le risque d'être provisoirement impopulaires. »

« 100 Jours », J. Attali et al. pages 35 et ss

Tag(s) : #République

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